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Réguler plus pour retarder la reprise ?

Publié le par DRosseels

La crise de 2008 a poussé le législateur à renforcer le système bancaire. La qualité et quantité des fonds propres, la disponibilité des liquidités à court-terme et des financements à long-terme ont ainsi été améliorées par les accords de Bâle III. Ces accords ont fait l'objet d'un quasi consensus parmi les pays développés afin d’éviter toute nouvelle crise économique. Les accords de Bâle III ont été publiés en 2010 mais leur mise en application est censée se faire de manière progressive entre 2013 et 2019.

Les accords de Bâle III semblent à priori aller dans le bon sens mais ils ne sont pas dépourvus d’effets pervers. Le durcissement des exigences de capital est en effet susceptible d’entrainer une contraction du crédit et ainsi porter préjudice aux entreprises. Cette contraction du crédit est causée par les deux phénomènes économiques décrits ci-dessous :

  • Premièrement, la théorie économique stipule que la quantité de monnaie en circulation est inversement proportionnelle aux exigences en capital des banques. A titre d'exemple, on peut supposer qu’un consommateur A dispose de EUR 1,000 et qu’il place ce montant auprès d’une banque A obligée de retenir 10% du capital perçu. La banque A réinjectera EUR 900 dans l’économie en re-prêtant cette argent à un autre acteur économique B. Celui-ci placera alors ces EUR 900 sur le compte d’une autre banque B qui pourra à son tour réinvestir EUR 810 dans l’économie. Ce raisonnement peut être tenu jusqu’à ce que la somme à réinvestir soit nulle. Dans notre cas de figure, on estime que le montant de EUR 1,000 du consommateur initial A aura créé une quantité de monnaie égale à EUR 10,000, c’est-à-dire le montant initial (EUR 1,000) divisé par le taux de rétention des banques (10%). La quantité de monnaie en circulation est par conséquent fort sensible aux exigences en capital des banques et pourrait considérablement diminuer suite à l’introduction des accords de Bâle III. Or l’expansion de la monnaie est indispensable à l’investissement, et donc à l’activité et la croissance…

  • Deuxièmement, le durcissement des exigences de capital pourrait faire en sorte que les banques injectent un montant plus limité d’argent dans l’économie. Celles-ci se verraient par conséquent obligées d'augmenter leurs marges de crédit afin de compenser le plus faible volume de prêts et maintenir leur profit. Le coût du crédit deviendrait donc plus cher pour les entreprises, qui alors diminueraient leurs investissements.

La contraction du crédit pourrait n’avoir qu’un effet limité sur l’économie en période de croissance. A contrario, les conséquences économiques pourraient être d’autant plus néfastes dans les circonstances actuelles, la sortie de crise n’ayant pas encore eu lieu. Une étude de l’OCDE publiée en 2011 estime ainsi que les pays signataires des accords de Bâle III perdraient entre -0.05 et -0.15% de leur PIB par an.

Il serait par conséquent préférable de mettre en place un tel durcissement des exigences de capital une fois la crise derrière nous. Les effets néfastes des accords de Bâle III pourraient alors être compensés par une réduction des taux d’intérêts via la politique monétaire. La marge de manoeuvre des banques centrales concernant une baisse éventuelle des taux d’intérêt est d’ailleurs d’autant plus faible en période de crise…

Réguler plus pour retarder la reprise ?

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