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Les Abenomics, miraculeuses ou dangereuses ?

Publié le par DRosseels

Les dirigeants européens craignent aujourd’hui une ‘japonisation’ de nos économies. Ce terme est dû à la mauvaise santé de l’économie japonaise causée, depuis le début des année 1990, par les éléments suivants:

  • Une déflation continue encourageant la population japonaise à reporter ses achats dans le temps.
  • Une dette publique importante atteignant aujourd’hui 230% du PIB et limitant la marge de manœuvre des autorités publiques en matière de dépenses.
  • Une monnaie nationale forte portant préjudices aux sociétés japonaises exportatrices.

Ces trois éléments, i.e. une faible consommation intérieure, des dépenses publiques limitées et une balance commerciale déficitaire, sont à la base de la très faible croissance japonaise ces dernières années (cfr. post précédent pour une description des éléments influençant le PIB d’un pays).

Pour face à cette situation, les différents gouvernements japonais avaient pris l’habitude de demander à la banque centrale japonaise de baisser son taux directeur. Celui-ci était constamment proche de 0% avec même des valeurs négatives certaines années. Cela signifie que les banques japonaises pouvaient se financer sans frais ou en étant payée auprès de leur banque centrale. Malgré cette mesure choc, l’économie japonaise n’était jamais parvenue à redémarrer…

Depuis décembre 2012, sous l’impulsion du premier Ministre Shinzō Abe, une gamme complète de mesures (i.e. les célèbres ‘Abenomics’) a été mise en place afin de relancer la machine économique japonaise via l’inflation. La nouvelle politique économique volontariste de l’archipel japonais se caractérise par les mesures suivantes :

  • Shinzō Abe a fixé un objectif de 2% d’inflation à la banque centrale du Japon. Celle-ci, grâce à des opérations d'open market, rachète massivement des titres publics / bons du trésors japonais et augmente ainsi les liquidités en circulation. L’objectif est de fortement dévaluer la monnaie japonaise en doublant la masse monétaire d’ici deux ans. Cette dévaluation permettra à l’industrie japonaise de réaliser des gains de productivité lui permettant de relancer ses exportations.
  • Shinzō Abe a multiplié les effets d’annonce en déclarant que l’objectif des 2% d’inflation sera tenu. L’objectif est ici de persuader le consommateur japonais que son environnement économique se modifie afin de relancer la consommation intérieure. En effet, comme mentionné au sein d’un post précédent, l’inflation (ou la certitude d’une inflation future) pousse le consommateur à acheter étant donné que son épargne perd de la valeur avec le temps et que ses achats seront plus couteux demain…

L’archipel japonais met par conséquent tout en œuvre afin de relancer son économie, ce qui semble porter ses fruits à court terme. Face à cela, l’Europe est bien désarmée avec sa politique monétaire unique et ses multiples politiques économiques / budgétaires nationales. Reste à savoir si le Japon ne crée pas, en injectant autant de liquidité dans la machine économique, de nouvelles bulles propices à de nouvelles crises économiques sur le long terme…

Les Abenomics, miraculeuses ou dangereuses ?

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Melvyn 12/03/2015 12:55

Je viens tout juste de commencer à lire le bouquin “Capital in the Twenty-First Century” de Thomas Piketty. Ce dernier explique en détail le plan économique d’Abe. Il expose aussi un paradoxe que je trouve assez intéressant. L’inflation causée par l’Abenomics avait pour objectif de raviver la consommation intérieure au Japon, comme tu l’expliques. Piketty dit aussi qu’un autre résultat de l’Abenomics est de pousser les grandes compagnies à mieux payer leurs employés. Sur le long terme, cela reviendra du pareil au même.

Melvyn 12/03/2015 12:55

Je viens tout juste de commencer à lire le bouquin “Capital in the Twenty-First Century” de Thomas Piketty. Ce dernier explique en détail le plan économique d’Abe. Il expose aussi un paradoxe que je trouve assez intéressant. L’inflation causée par l’Abenomics avait pour objectif de raviver la consommation intérieure au Japon, comme tu l’expliques. Piketty dit aussi qu’un autre résultat de l’Abenomics est de pousser les grandes compagnies à mieux payer leurs employés. Sur le long terme, cela reviendra du pareil au même.